Mythologies, R.Barthes

Système sémiologique second

Dans le mythe, on retrouve ces 3 termes : signifiant, signifié, signe. Il se base sur une chaîne sémiologique qui existe avant lui. « C’est un système sémiologique second ».


Les signes ( langue proprement dite, photographie, peinture, affiche, rite, objet ), se ramènent à une pure fonction signifiante.

"Ils sont la matière qui servira au mythe, par un signifié qu’on lui associera".


Dans le premier système sémiologique, on y trouve le système linguistique, la langue, que Roland Barthes définit par « langage-objet ». Car le mythe se saisit de ce langage-objet pour construire son propre système.

Dans le second, le mythe est un méta-langage. Le mythe est en effet une langue, qui s’appuie sur des signes du premier ( langue ou images ).

Exemple de parole mythique : le soldat noir

En première page de Paris Match, la photographie d’un soldat noir vêtu d’un uniforme français faisant le salut militaire sous le drapeau français.

La photographie a un sens, celui du soldat qui fait le salut. Ce qu’elle signifie, en second lieu, c’est que la France est un grand Empire, que chacun de ses fils sert, sans distinction de couleur.

« Je me trouve donc devant un système sémiologique majoré : il y a un signifiant formé lui même déjà d’un système préalable ( un soldat noir fait le salut militaire ) ; il y a un signifié ( c’est ici un mélange de francité et de militarité ). Il y a enfin une présence du signifié au signifiant. »

Roland Barthes formalise ici la terminologie des mots signifiants/signifié/signe dans chacun des deux systèmes sémiologiques.


Le signe du premier système sémiologique , qui devient signifiant du mythe est appelé forme.

Le signifié du mythe est appelé concept.

Le signe final est appelé signification du mythe : La forme.

Définition du mythe : c’est ce jeu incessant de cache-cache entre le sens et la forme qui définit le mythe.


Attention : la forme du mythe n’est pas un symbole : le nègre qui salue n’est pas le symbole de l’Empire Français, il a trop de présence pour cela. L’image est trop riche, trop « vécue » et a bien une signification dans son premier signe.

Le concept

Le concept est le signifié du mythe. Il est déterminé, intentionnel : « il est le mobile qui fait proférer le mythe ». Contrairement au signifiant qu’est la forme, le concept n’est nullement abstrait : il est plein d’une situation.


Illustration par l’exemple :

Dans l’image du noir qui salue, comme forme, le sens en est appauvri. Comme concept de l’impérialité française, le sens est riche, lié à la totalité du monde : à l’histoire de la France, ses aventures coloniales, ses difficultés.


Le concept est un signifié, et peut avoir plusieurs signifiants.


Le concept lui est quantitativement pauvre, face à la diversité des signifiants. Peu de concepts véhiculés, sur multitude de signifiants. « Cette répétition du concept à travers des formes différentes permet de déchiffrer le mythe. C’est l’insistance dans une conduite qui livre son intention ».

Les concepts mythiques se font, et se défont dans le temps.

Signification

Le troisième terme, la signification, est la corrélation entre les 2 termes : signifiant et signifié.

Le rapport qui unit le sens et le concept est essentiellement une déformation.

Il a un caractère « impératif », interpellatoire. C’est moi qui vient le chercher, il est tourné vers moi.

Lecture du mythe

1. Si je pars d’un concept, et veut y associer une forme, je produis un mythe. Comme un publicitaire, ou rédacteur de presse. Le système est simple, la signification redevient littérale. Le noir qui salue n’est alors un exemple , un symbole de l’impérialité française.


2. Si je pars de la forme, et distingue le sens de la forme, j’explique le mythe, je démystifie, je le déchiffre.


Ces deux lectures sont d’ordre statique, analytique. Elles détruisent le mythe à l’instant où j’affiche l’intention ou en la démasquant.


3. La troisième pratique du mythe, dynamique : je laisse au mythe ce jeu de cache-cache entre le sens et la forme. Le mythe reste une présence, vécu comme une histoire vraie et irréelle.

Si l’intention est trop obscure, le mythe devient inefficace. Si elle est trop clairement visible, elle est artificielle.

L’issue du mythe, c’est de ne rien cacher, et de ne rien afficher.


Il doit être de l’ordre de la nature. « Nous sommes ici au principe même du mythe : il transforme l’histoire en nature ».

Conclusion

Le propre du mythe est de transformer un sens en forme.


Le mythe est un langage méta-communicatif, c’est à dire se fondant sur une communication, un langage de signes déjà constitués.


Sa double articulation autour de la forme, qui peut être vide ou pleine, laisse une ambiguité. Cette ambiguité rend visible ou invisible un signifié.


Elle est une intention, une interpellation.

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