L'opinion affirme souvent que l'oeuvre d'art aurait un sens précis, celui que l'auteur lui a donné et qu'il faut donc la déchiffrer par un effort intellectuel. Mais l'amateur reçoit l'oeuvre à travers son corps et son esprit sans disposer d'un code qui permettrait de la déterminer... 

Faut-il expliquer l'art ?

 Il n'est nul besoin d'être « cultivé » pour comprendre une oeuvre d'art

Il est possible de comprendre une oeuvre d'art, au sens de compréhension globale, de saisie intuitive.

En effet, l'oeuvre d'art est un recueil de perceptions. Elle ne se matérialise que par l'un de nos sens : la vue, l'audition, le goût, l'odorat, le toucher. 

Au premier contact avec l'oeuvre, ne faut-il pas être perdu ? Ne pas tout comprendre, mélanger, se tromper ?


Et puis, ne retrouvons-nous pas cette volonté de faire de l'oeuvre d'art une expérience individuelle subjective dans l'art contemporain ? Ce même courant, considéré par Nathalie Heinich comme nouveau paradigme, demande aussi à faire tomber le formatage préalable. C'est sans doute pourquoi les enfants sont plus sensibles et ouverts sur cette nouvelle forme d'art que beaucoup d'adultes à qui on a enseigné ce qu'était l'art. 


Il est impossible de comprendre une oeuvre d'art si on entend par là simplement  une somme d'explications produites sur l'oeuvre. 


Le choc avec les oeuvres est susceptible de transformer le spectateur, de le faire changer de regard.

 

Une éducation à l'art est nécessaire pour stimuler la curiosité

Il est démontré que la réceptivité face à l'art dépend de l'éducation. Apprendre à construire son jugement est la matrice de l'appréciation de l'art. Cet apprentissage requiert un long développement. Tout comme l'apprentissage d'un instrument de musique demande de la volonté, de l'exercice et de la persévérance. 

 

Michel Onfray parle en l'occurrence de la fabrication d'un goût. "Peu importe l'objet de ce goût (un vin, une cuisine, une peinture, un morceau de musique, une architecture, un livre de philosophie, un poème), on ne parvient à l'apprécier qu'en ayant accepté d'apprendre à juger."

Ainsi, proposer une diversité dans les produits alimentaires de l'enfant l'incitera à former son gout par la comparaison, la sélection. Une chose m'a surprise lorsque j'ai demandé à un ami tanzanien de définir ce qu'il préférait manger. Il m'a répondu avec la plus grande sincérité qu'il adorait l'ugali, cette purée de mais qu'il mange tous les jours depuis son enfance. A mes yeux, ce plat ne semblait être que le moyen de subsistance bon marché d'une population entière. Ce même ami, invité chez moi, refusait de gouter les plats que j'avais préparé qui sortait de son ordinaire. Enfermé dans sa gastronomie monochrome, il n'avait aucun désir de découvrir l'inconnu. 

 

C'est donc dans l'éducation que se forme l'esprit critique, cette disposition à examiner attentivement avant d'en établir la validité.